La Danse Sportive 



- Et C'est R'parti... -


L'année de Jazz se déroula sans aucun encombre. Je cumulais entre sept et dix heures de cours toutes les semaines. Cela me fit du bien de toute façon !!! Mais l'ombre de la Danse Sportive planaît... Ma prof de Jazz prêtait ses locaux à une école de Danse de Salon !!! et à force de voir le panneau, l'envie de reprendre se manifestait.

J'ai quand même attendu de finir mon année de Modern Jazz. En vieillissant on apprend à se poser !!! Je savais aussi ce que c'était d'arriver en plein milieu d'année, quand tout le monde est déjà casé, qu'il faut choper les enchaînements au vol, et changer de partenaire toutes les deux mintes faute d'une attitrée... Je ne fus pas long en septembre suivant pour aller m'inscrire. Au vu de mes expérience passées, j'intégrai directement la quatrième et "dernière" année de l'école. On me présenta une partenaire, ancienne compétitrice, techniquement très au point. Le courant passa bien et l'année tout autant.

Nous avons donc décidé l'année suivante de tenter l'aventure compétition... étant tombé cette fois ci sur des profs qui voulaient bien nous coacher !!! L'année a été épique, je dois vous dire... Le principe du partenariat en Danse relève quasiment du "vrai" couple. La Danse est quand même un des moteurs et des moyens de séductions les plus naturels au monde, voire instinctif. Quand on danse à deux , il faut donc un minimum de complicité, d'entente, mais aussi de patience, d'abnégation et de sacrifice. Il faut y "mettre du sien" pour que ca marche. Sinon la mésentente extérieure à de très fortes chances de rejaillir sous les feux de la rampe, à moins d'être excellent comédien, ou technicien, ou les deux à la fois, histoire de faire oublier le reste... Et tout le monde n'a pas la chance de s'appeler Ginger Rogers et Fred Astaire...

... que nous n'étions pas ...

L'année, bien que productive d'un point de vue technique, fut assez désastreuse d'un point de vue humain... Ma partenaire, souffrant d'un problème avéré d'image, et moi traversant péniblement des épreuves personnelles et familiales, ce fut assez sport, c'est le cas de le dire... Avec le recul, cependant, cela m'a finalement bien servi. Ma partenaire ne supportait pas - entre autre - que je danse face au miroir car, alléguait-elle, "je ne m'occupais plus d'elle...." (la pauvre choutte...) Grâce à elle j'ai donc appris à danser sans aucun repère visuel ce qui, en fin de compte, est un avantage, me permettant de danser n'importe où et dans n'importe quelles circonstances, sans avoir besoin d'un miroir, comme beaucoup de danseurs a priori confirmés. Eh oui, j'ai vu des "compétiteurs" depuis plusieurs années se vautrer lamentablement dans les répétitions de gala de fin d'année tout cela parce que les profs avaient décidé de "casser" un peu les repaires en prévision du passage "sur site..." Il va de soi que cette "élite" prenait ombrage si elle n'apparaissait pas en première ligne - encore plus quand le "petit dernier" leur passait devant... Car c'est un peu ça aussi la Danse, ce que je qualifierai de "paradoxe de l'ego".

Quand on décide de faire de la compétition, quand on s'engage dans des représentations, c'est que quelque part on a envie, ou même surtout besoin de se montrer. Enormément de danseurs sont par essence narcissiques, avoués ou non... Ces derniers sont d'ailleurs les plus "dangereux", voire les plus difficiles à supporter. Ils manquent cruellement de confiance en eux et de reconnaissance, et sont pourtant les premier à attirer les regards vers eux, les premiers à se prévaloir de leur perfomances (quel qu'en soit le niveau d'ailleurs). Cela rend malheureusement beaucoup de danseurs imperméables à la critique, même à celle - constructive - de leurs professeurs... La majorité des danseurs sont "frustrés" car ils n'ont pas compris que pour avancer c'est eux individuellement qu'il faut remettre en cause, et non pas le prof qui n'est pas "adapté" à leur petite personne. Il n'est pas rare de voir des danseurs changer souvent d'école, au gré de leurs envies, pour en pas dire caprices... Rares sont ceux qui ont compris qu'un gros effort d'humilité est nécessaire, allié à une énorme dose de travail, et que l'image qu'ont les autres de soi n'est en fait que le reflet de ce qu'il y a à l'intérieur. Il ne fait rien avoir à cacher pour se montrer - et nous tous bien imparfaits...

C'est dans ce contexte général que j'ai donc évolué toute cette année-là. Ce qui connaissent bien le "milieu" comprendront vite !!! Entre chicaneries et jalousies entre couples, entre les problèmes existentiels de ma partenaire, associés à mes propres problèmes ... je vous laisse imaginer facilement le paysage !!! Je m'en suis sorti en laissant braire les autres et en "subissant" ma partenaire qui, qoique que je fasse ou dise, aurait toujours raison en fin de compte. Je "fermais ma gueule" et je dansais en faisant plus ou moins la tronche d'ailleurs !!!

Elle était cependant bonne technicienne, et nous avons finalement rapidement progressé compte tenu des états d'âme des uns et des autres. Preuve que finalement je ne devais pas être si mauvais, puisque notre couple s'est rapidement taillé une petite place dans les classements. Je garderai toujorus le souvenir de ma toute première compétition, et de la gamelle que nous y avons pris. Tout s'est joué sur la Rumba - la bande originale du film Titanic, par Céline Dion, remixé pour la circonstance. Je fus parfait dans le rôle de l'icerberg ... et je nous coulai lamentablement. T"i"tanisé du début à la fin, je recommençai cinq ou six fois la chorégraphie, et chaque fois à contretemps. Ma partenaire avait beau mù'envoyer toute sorte de signaux, qu'elle avaot elle même reçus de la prof complètment affolée dans les gradins, je restais hermétique à tout stimulus, même musical... Le comble pour un danseur !!! Une fois la surprise de la première compétition passée, une fois le premier contact avec ce petit microcosme établi, on s'est vite repris, et on a rapidement progressé, se retrouvant régulièrement en finales, que ce soit en Latines ou en Standards, mais jamais sur un podium toutefois... Le déclic est arrivé bizarrement au moment où j'ai commencé à envisager de me séparer de ma partenaire. Peut être que le fait de commecner à prendre du détachement par rapport à la situation m'a aidé à prendre de l'assurance sur le chemin de l'auto-construction... Parallèlement je m'étais aussi séparé de ma fiancée... Il fait passer parfois très près de la corde pour comprendre certaines choses...

   
Heureusement les progrès sont vite arrivés, et moins de trois mois plus tard, nous montions sur un podium, et sur la première marche tant qu'à faire !!! Mais non sans mal ceci dit... et uniquement en Latines... En Standards ce fut plutôt cahotique et désastreux je dois l'avouer : ma partenaire eut la bonne idée de se prendre pour un shaker à cocktail et de trembler de la tête aux pieds pendant les trois danses imposées. Le "problème" des Standards est que l'on danse collé des genoux à la poitrine ... dans le genre destabilisant, on ne fait pas mieux !!! J'ai quand même terminé les trois danses - le prof nous avait assez fait la leçon sur la conduite à tenir sur la piste - et je quittai la piste en rage sans l'attendre, résolument imperméable à l'ire professorale !!! Il va de soi que nous terminâmes derniers, car non contente de nous secouer, elle avait perdu tout moyen et n'en finissait plus de se planter dans la choré

Pour les Latines, ce ne fut pas loin d'être pas mieux... La piste était particulièment glissante. J'avais malheureusement oublié mes patins à glace ce jour-là. Autant en Standard la proximité des corps permets d'équilibrer un minimum le tout, autant en Latines chacun est livré à lui-même, tout en devant tenir compte à chaque instant du comportement de l'autre. Ma partenaire, d'ordinaire relativement infaillible - sa plus grande qualité - manqua de glisser et se retrouva à contre-temps. Je la stabilisai du mieux que je pouvais, et lui indiquai doucement la mesure "trois quatre..." ... Une minute plus tard, elle glissa pour de bon, et manqua de m'entraîner dans sa chute. Je me stabilisai fortement pour l'empêcher de tomber, et arrêtai donc de danser, l'espace de quatre temps. En me repassant devant, elle me jeta un "trois quatre" assassin auquel je répliquai, tout sourire et en serrant les dents pour ne pas montrer que je parlais car nous étions regardés de toutes parts - "show must go on..." - que j'étais en train de me casser la g..... et que je faisais ce que je pouvais...

Malgré cet incident, nous avons fini premier. A notre plus grande surprise d'ailleurs. Le reste de l'école se leva dans une belle ovation pour saluer notre réussite, au point que le maître de cérémonie en fît la remarque au micro... C'est bon d'être célèbre, même pour cinq minutes !!!

Eu égard aux circonstances ayant permis d'aboutir à cette victoire, je décidai de mettre un terme à notre partenariat. D'autant que sa tendance, de retour à l'école, à tout ramener à elle commençait à sérieusement m'agacer !!! Elle avait tout bon, et moi j'étais encore le vilain petit canard... Je crois plutôt que sur la piste ça avait été l'inverse et que pour une fois personne n'en avait été dupe!!! Mais bon... on ne refait pas les gens. Je lui ai donc laissé savourer son succès un moment (elle exposa sa coupe à l'école puisque les profs le proposaient à tous premiers et seconds) et peu de temps après je lui signifiai son congé. Ce fut notre paradoxe : plus nous avancions techniquement, moins nous nous entendions. Il était temps de divorcer!!!

Je terminai quand l'année avec elle en cours collectif, defaçon à assurer notre passage au gala de fin d'année, et puis basta !!!

Dans la foulée j'ai changé d'école, histoire de voir si l'herbe était plus verte ailleurs. Je partis dans l'école de celui qui avait été le professeur des profs dont j'avais fréquenté les deux écoles auparavant. Je n'y suis pas resté longtemps, juste quelques mois, faute de moyens financiers suffisants. Cependant j'ai commencé à apprendre la notion de plaisir dans la danse. Si techniquement mes précédents professeurs m'avaient fait beaucoup progresser, j'étais encore au rayon automate, appliquant strictement la technique à chaque pas. Ayant eu l'année précédente à subir , qui plus est, les "caprices" de ma partenaire pendant les cours particuliers, j'avais appris à "intérioriser" mon plaisir. Je finissais souvent même par tirer la tronche... et ce même en compétition. Avec ce nouveau prof, j'appris à me débarasser de ces sales habitudes. Il m'empêcha de me concentrer sur la tecnhique, et me força à "m'amuser". Son expérience lui permit, en utilisant des gestes simples de la vie de tous les jours comme exemple pour les pas, d'éviter de penser à tout en même temps, et d'ainsi bloquer mon expression. Trois mois plus tard , je dus arrêter... J'en fis une bonne petite dépression. Même si cette année là j'avais ralenti au point de ne me concentrer que sur la compétition, les années précédentes je dansais jusqu'à dix-huit heures par semaine, entre mes cours particuliers, les entraînements, les cours collectifs à mon niveau, et les cours collectifs aux niveaux inférieurs où je palliais le manque de danseurs... Le sevrage fut brutal et dur à avaler !!! Nous étions en Décembre 1999

Je ne repris la Danse qu'en janvier 2004, en arrivant sur Brest, mais ça c'est une autre histoire ...


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